Sandra Gil
"Née en 1975 à Coimbra (Portugal), Sandra Gil vit et travaille à Lille. Diplômée des Beaux-Arts de Porto en 2003 et ancienne étudiante en échange Erasmus à l'ESACM (Clermont-Ferrand), elle développe une démarche transdisciplinaire qui articule installation, dessin, photographie, vidéo et performance. Au cœur de sa pratique, Sandra Gil explore le comportement du dessin et du geste dans l'espace. Son travail se déploie à une échelle architecturale, investissant et habitant les lieux. Par un dialogue constant entre le macro et le micro, l'artiste oscille entre la monumentalité des structures et la finesse du détail, invitant le spectateur à une expérience où le tout et le fragment se répondent. Par un processus aussi frénétique que rigoureux, elle questionne la bi et la tridimensionnalité du trait, le poussant jusqu'à son épuisement pour produire des rythmes visuels singuliers où la notion de séquence est omniprésente.
En faisant varier l'épaisseur et la densité de tracés de fils, elle sculpte la lumière pour créer de subtils jeux de transparence et d'opacité, invitant le spectateur à une perception tactile du visuel, dans un équilibre constant entre puissance spatiale et extrême fragilité.
Son travail a été récompensé par plusieurs bourses de création (DRAC, Région Hauts-de-France) et a fait l'objet d'expositions et de résidences internationales, de Paris à Tokyo, en passant par Dublin, Zurich, New York et Lisbonne. Egalement très investie dans la transmission et la vie culturelle de son territoire, elle pilote depuis 2016 l'Atelier A(R)TTIC à Lille, un laboratoire d'expérimentations dédié aux arts visuels et sonores.
Flottante City
"Depuis une dizaine d'années, j'ai élaboré une série d'installations in situ autour de la thématique des cités invisibles, en m'inspirant librement d'un roman d'Italo Calvino, écrivain italien majeur du xxe siécle et en m'appuyant sur certaines réflexions de la chercheuse Aurélie Choné.
« Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs pers trompeuses ; et toute chose en cache une autre. - Moi, je n'ai ni désirs, ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard. - Les villes aussi se croient l'oeuvre de l'esprit ou du hasard, mais ni l'un ni l'autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis d'une ville à cause de ses sept au soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu'elle apporte à l'une de tes questions. »
Italo Calvino, Les Villes invisibles, Paris, éditions du Seuil, 1974
Aurélie Choné, Villes invisibles et écritures de la modernité, Paris, éditions Orizons, 2012
Ces installations se sont déployées dans l'espace pour de projets comme « Usinages », « Insomnia Sessions », « Squelettes de
villes » ou dans tout autre endroit susceptible d'accueillir ces « villes ».
