Dylan Cote & Tanguy Clerc
Réunis par un intérêt commun pour les technologies, leurs détournements et leurs imaginaires, Tanguy Clerc et Dylan Côté développent des œuvres où sculpture, installation, son et image dialoguent au sein d'environnements en mouvement. Leurs pratiques explorent les potentiels esthétiques des dispositifs techniques, qu'ils soient obsolètes ou contemporains, en les extrayant de leur fonction utilitaire pour en révéler une dimension sensible et contemplative. Vestiges de machines, objets détournés, vidéo et création sonore s'assemblent pour produire des formes hybrides où le mouvement, la lumière et le son composent des paysages en perpétuelle évolution. À travers leurs installations, ils interrogent notre rapport aux technologies, aux systèmes de production et aux imaginaires qu'ils façonnent. Entre fascination et inquiétude, leurs œuvres proposent des espaces immersifs où les présences mécaniques et numériques semblent s'animer d'une vie propre, invitant le spectateur à reconsidérer les relations qui nous lient aux objets techniques et aux mutations de notre époque.
Cyclomorphe
Cyclomorphe est une installation de Dylan Cote et Tanguy Clerc, réalisée avec le soutien du festival Zero1 et de l'Agence Nationale de la Recherche, et inspirée par une série de discussions avec les chercheuses Jeanne Lallement et Florence de Ferran. Les travaux de ces dernières soulignent l'importance d'une approche sensible dans la promotion des mobilités douces comme moyen de lutte contre l'impact écocidaire des modes de transport carbonés. L'installation prend la forme d'une machine de projection low-tech, activée par un vélo. Lorsque quelqu'un pédale, un signal déclenche un système mécanique qui met en mouvement une trame transparente devant une série d'images imprimées. Cette superposition créée des animations graphiques grâce au procédé optique appelé «scanimation», revisités dans un dispositif contemporain. Les images sont projetées en grand format à l'aide d'un vieux rétroprojecteur upcyclé, équipé d'une LED puissante et inspiré du projet open-source Visiophare (duquel les artistes font partie).
Hybride et à cheval entre les époques, l'installation se présente comme une machine-sculpture imposante, volontairement en décalage avec les outils numériques actuels. Bruyante, mécanique et volumineuse, elle contraste avec la discrétion et l'opacité des vidéoprojecteurs modernes. C'est précisément ce contraste qui en fait tout l'intérêt : Cyclomorphe cherche à renverser la logique de la "boîte noire", en rendant visibles les mécanismes derrière l'image. Le spectateur est invité à observer le processus de création visuelle et à interagir avec lui en modifiant les calques posés sur le dispositif. En exposant ses rouages, Cyclomorphe invite le public à comprendre et à se réapproprier la technologie. L'installation devient à la fois un dispositif de projection et une sculpture cinétique, inspiré autant par le pré-cinéma que par l'art génératif. Elle questionne notre rapport à la technologie en prenant le contre-pied des dispositifs high-tech : plutôt que la complexité et la performance, elle revendique la simplicité, la transparence et l'expérience directe, à l'instar de la bicyclette, objet convivial par excellence. Pour ses créateurs, Cyclomorphe n'est pas seulement une recherche autour de l'image en mouvement, mais une proposition d'une autre manière de la produire et de la partager, une manière ouverte, sobre et accessible à tous.

